L'ikat,
sur les fils, la couleur teinte, réservée.
Sur les fils, l'alphabet
des motifs et des figures.

 

L'ikat,
le temps long des mémoires
et des cultures,
textiles porteurs de vie.

Ce site se veut une introduction à l'ikat, en synergie avec le projet Ikats, tissus de vie Un voyage de l'Orient à l'Occident, à la fois beau livre sur le sujet et exposition présentée en plusieurs lieux en France de 2017 à 2019.

L'ikat, en deux (ou trois...) mots

L'ikat est un procédé très ancien de teintures par réserves sur des fils, fils qu'on utilise ensuite pour réaliser des tissus avec figures ou motifs. Le processus est très lent et très complexe à mettre en œuvre. Est-ce pour cette raison que bien des sociétés premières, notamment de l'Asie du Sud-Est insulaire, ont placé l'ikat comme un sommet de leur création textile, lui assignant un rôle majeur dans leurs visions du monde ? Ainsi, l'approche technique de créer un textile singulier se double d'une puissance sacrée qui irrigue toutes ces sociétés.

Ce n'est que récemment qu'on a nommé ikat, du mot indonésien mengikat qui veut dire “ lier, attacher en enroulant ” tous les tissus relevant de ce processus à réserves. Jusque là, diverses appellations locales désignaient ce type de tissu.

Asie du Sud-Est, Japon, Asie Centrale, Inde, Moyen Orient, Europe... l'ikat, malgré ou peut-être en raison de la difficulté du processus, a voyagé dans le temps et l'espace du monde, sans qu'on sache toujours précisément quelles voies il a empruntées d'un territoire à l'autre. Mais, ce faisant, il s'est profondément modifié : on repère très facilement le caractère visuel singulier de n'importe quel ikat (ils ont tous un air de famille), et leurs déclinaisons d'une culture à l'autre. Chaque société en a fait en quelque sorte une valeur qui lui est propre, à la fois visuellement et au plan de la signification.

  Tissu d'homme Mau, Amanuban, Timor Ouest


L'ikat est donc un fil ténu – celui du procédé qui change finalement assez peu d'un espace et d'un temps du monde à l'autre – pour découvrir les modèles de chaque culture, des sociétés premières de l'Indonésie à l'Islam et à l'Occident. Suivre ce fil, c'est à la fois s'émouvoir devant de superbes œuvres textiles et questionner la place et l'évolution du textile au sein de ces cultures.

La pertinence de l'ikat

Même si un certain nombre de musées disposent de collections assez riches, il n'y a eu que très peu d’expositions sur le sujet en France. À l'étranger, beaucoup de chercheurs ont étudié, société par société, les ikats et leur contexte culturel, ce qui a donné lieu à de nombreuses publications et expositions.

L'intérêt de tenter un panoramique approfondi et de confronter les différentes cultures de l'ikat est de remettre en lumière le rôle central du textile au sein de certaines sociétés premières, son lien aux mythes fondateurs, son rôle de puissance sacrée dans les rituels. Puis de lui découvrir, au sein de la civilisation islamique, également un rôle majeur mais bien différent. Avant de s'apercevoir de l'insignifiance progressive du textile au sein des sociétés occidentales industrialisées, qui font de l'ikat un tissu de luxe, mais sans “ valeur culturelle ”.

Or, nos réseaux informatiques naissent sur le binaire, comme le textile déjà là depuis le Néolithique. Et le geste mental de l'ikat, qui fait émerger figures ou motifs, est en quelque sorte à l'opposé de la création de l'image, elle qui naît dans l'immédiat du geste du peintre ou de la prise de vue. Ce geste mental, qui vient d'une très longue mémoire d'humanité, aurait-il quelque pertinence pour aujourd'hui ?

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