Le matin

Le matin quand je m’éveille en ces temps du solstice,

les chants d’oiseaux et la lumière peuplent déjà le paysage
c’est toute la terre offerte dans l’instant
toute la rumeur douce des vies qui murmurent, se perpétuent,
cherchent leur chemin, sans trop savoir
où elles vont, ces vies dans l’incertitude, leur ténacité
- sait-on ce qu’est la volonté de vivre,
sait-on jamais ce qu’est la source de nous-mêmes ?

Au matin toute la cohérence du monde est à portée de main,
on pourrait toucher les courbes des oiseaux dans l’air
le regard passe de la bienfaisance du jardin
à la ligne des collines
le regard puise dans la terre la force de cette journée qui vient
cette soif des gestes en partage, ce qui ne s’éteint pas de nous
et de la terre offerte.

Et puis on écoute le bruit du monde à la radio
la violence vague sur vague en bribes décousues
les propos terrifiants des puissants
ce qui glace le corps
qu’on tente toujours de comprendre
sans que le corps l’accepte
la mort peuple les ondes, elle les sature
on écoute l’insensé au bord doux du jardin,
ce qui semble venir d’ailleurs
loin du peu de sagesse ancienne
qui s’est versée ici, dans les champs et les bois,
qui a façonné depuis des siècles le paysage,
offrant tous les matins
ce dialogue dans l’air des oiseaux et du jardin.

On se tait devant l’horreur du monde
on ne sait plus quoi dire
ce serait toujours la même rengaine
de ce qu’on a tissé, malgré tout,
dans la modestie du temps
qui tient dans ce maigre espace
malgré l’ailleurs qui chaque jour
se fait plus menaçant.

Écriture le 25/06/25