C’est l’été des jours longs,
quand la faible fraîcheur revient, le soir,
qu’elle joue avec la lumière oblique
et l’air qui danse
comme les corps sur la terre.
Ils sont venus tous deux,
un peu plus bas,
ont apporté des sièges à l’ombre,
on entend la musique de leurs voix
dans la lumière qui va finir,
on voit juste leurs silhouettes au bout du pré,
les feuilles des arbres autour
accompagnent le vent léger
qui fait dans les couleurs danser le monde.
Il a sorti d’un sac un cerf-volant rouge et jaune,
il a préparé le fil, lancé dans l’air le petit jouet du vent,
elle est assise, elle le regarde,
lui qui manipule le fil, et puis le jouet rouge et jaune
sous le soleil qui s’en va,
elle rit, je la vois de loin faire des gestes,
et lui, qui va chercher le petit jouet
tombé dans la haie.
Voilà, ils sont venus tous deux
dessiner le bonheur sur la terre
avec le jouet du vent, après la chaleur,
ils sont tout jeunes encore,
à portée de l’enfance
et de l’incandescence des jours et des corps,
ils vivent près de nous,
à quelques pas,
dans ce qui fut autrefois une étable,
dont ils font patiemment leur demeure,
ils vivent près de nous,
à quelques décennies de distance,
dans ce village où nous avons atterri jadis,
où nous sommes revenus à la terre,
je me retourne, leurs cris dans le soir chaud,
ce sont les nôtres il y a cinquante ans,
nous sommes tous deux encore,
dans cette admirable lumière qui s’en va,
pétris de ce bonheur qui franchit la détresse des hommes,
nous allons peut-être monter sur la colline tout à l’heure,
voir l’horizon, nous souvenir encore
des couleurs rouge et jaune dans la lumière,
des sourires et des éclats de voix
que le vent rend inaudibles
mais qu’il sème sur la terre entière.
Écriture le 03/07/26