Les mots s’étalent, les mots comblent les béances, les blessures,
plus nombreuses en ces temps croit-on qu’auparavant,
on s’est peut-être lassés du monde, les mots ne couvrent plus l’horreur
que d’une infime membrane que tout instant peut déchirer,
les mots sont au bord de leur limite extrême,
il faudrait ne les proférer qu’avec précaution, une ample douceur
qui ferait prendre conscience, qui chercherait du sens
pour cet aujourd’hui défait, désemparé devant l’horreur qui vient,
devant l’avenir qui se dissout à chaque pas qu’on fait vers lui.
Les mots s’étalent, ils ne racontent rien désormais que la puissance,
que cela qui domine et fait trace de tout,
et tout devient réel à cette aune du vouloir de ceux qui dressent des images
qui courent le monde comme les idoles.
Et les idoles comme les drogues rongent ce qui reste de l’humain
dans les consciences, on ne sait plus ce qui nous fonde,
ce qui nous mène,
comme si tout allait s’effacer,
du sens des vies, des amours, des douleurs.
Les mots s’étalent, ils construisent un implacable simulacre
qui nous enveloppe corps et âme
et nous réduit en marchandise agissante encore quelque peu
dans le fracas des échanges du monde,
les mots s’étalent, on n’y prend plus garde,
on voudrait raison garder,
on voudrait quêter quelque rai de lumière, un peu,
se rappeler les vents d’autrefois dans les arbres,
les sourires des jeunes femmes,
tout ce qui par moments, malgré tout,
inondait la terre d’un possible chant,
d’instants d’éternité, disséminés,
donnés,
à même la teneur du chant.
Écriture le 11/12/25