Le givre et le bleu

C’est un jour clair d’hiver
qui sonne pur dans l’air

et le regard qu’on porte sur lui
s’affranchit de tout ce qui pèse
de tout ce qui s’évanouit.

C’est un jour dans le froid
la nuit sur les branches
et toutes les ramures
et tout ce qui s’élève du sol
dans l’improbable,
la nuit a fait germer du givre
des paillettes de lumière précaires
qui vont pleuvoir des arbres bientôt,
mais pour l’instant
elles écrivent leur chant dans le bleu du ciel
elles transfigurent ce que l’on voit du monde.

Il suffit d’un instant, toute douleur
s’est abolie, le paysage est devenu
comme dans l’enfance la primauté de la terre
que l’on a pour soi-même en partage,
à jamais cet instant de givre et de bleu mêlés
qui nous porte ailleurs, au-delà des voyages
des couleurs, des terreurs.

Ce n’est plus la douleur
qui suinte de la terre
ce n’est plus la terre que l’on creuse
que l’on façonne sans vraiment savoir,
ce qu’on voit pénètre dans le corps
l’allège
le fait voler jusqu’à la cime blanchie des arbres,
et le corps soudain reconnaît ce chant
cette unanimité souveraine du monde
qui nous échappe
cette image qui s’enfuit déjà
qu’on voudrait tant garder
pour des instants encore
de la vie à venir.

Écriture le 11/01/26