Il faudrait dire tous les amis perdus, en allés peut-être dans la mort, on ne sait pas, on ne sait plus rien d’eux.
Les jours et les territoires nous ont éloignés sans doute, ou simplement l’usure des jours, ou simplement l’oubli, tant la mémoire des vies ne leur suffit pas. Sait-on pourquoi les amitiés s’étiolent, pourquoi un jour on n’ose plus quêter encore l’échange, pourquoi le recouvrement du temps lentement dissout ces liens de parole qu’on avait crus arrimer à soi, pour toujours comme disent les enfants et les premières amours.
Ceux qui sont loin, de l’autre coté de l’océan, un jour on envoie un message et l’adresse n’existe plus et c’est l’absence immense. On se rappelle alors les périples en commun, de la Bretagne d’ici au Charlevoix de là-bas, des rires sur le bateau des canaux de la terre celte, à la cueillette des bleuets sur les hauteurs qui dominent le grand fleuve. On se rappelle, on tente dans un coin des souvenirs d’aménager des images pour toujours, on voudrait tant que les images rendent vie encore, on voudrait tant partir demain encore respirer l’air de la Gaspésie. Comment fermer à jamais la saison de la mémoire ?
Il y a ceux qui voulaient qu’on revienne les voir, mais le courage manque, de parcourir encore le monde, et la terre en surchauffe, on voudrait désormais la sobriété heureuse, mais peut-être est-ce la peur en nous, de ce qui nous arrive à tous, le temps qui s’amenuise et l’avenir triste qui se dessine chaque jour un peu plus.
Chacune et chacun tisse autour de soi comme un invisible nimbe qui l’attache aux visages, aux paysages, aux instants. On ne sait pas pourquoi cela se tisse encore, ou se désagrège peu à peu, on ne sait pas ce qu’est vraiment le temps, en quoi il blesse les corps.
Au soir des vies les amitiés couvrent le ciel intime de leurs lueurs intenses, on les serre près de soi, on les retient d’un mouvement inespéré de la mémoire. On aurait voulu tant tout retenir. Celles et ceux perdus, en allés, celles et ceux qu’on n’a pas su garder, qui sont là encore, dans les sourires qui respirent des immenses paysages traversés de la terre.
Écriture le 11/11/25