Le village qu'on a si bien restauré respire la nostalgie douce d'un autre monde.

Le tympan vu de la porte d'enceinte

On a l'impression ici de plonger dans la beauté de l'histoire : les petites tuiles plates, l'ocre des pierres, les verts intenses de la Dordogne en contrebas... tout semble dire l'ailleurs et l'avant du monde, dans quelque extraordinaire harmonie, dont on devine parfois, au détour d'un fatras sur le chemin, l'aspect fallacieux.

Mais pourtant, il faut se laisser aller à cette naïveté du village d'avant, baigné d'histoire, déambuler dans les ruelles empierrées, admirer les enclos, deviner de loin le clocher dans la lumière pure. Préparation du corps à la découverte romane, appréhension des entours, de l'espace humain, traces d'autrefois qui font ambiance, qui séparent de la fébrilité du voyage.

 

La joie précieuse d'un bijou

Quand on passe la porte de l'ancienne enceinte et qu'on découvre le tympan, sa modestie, sa parenté aussi avec les images de Moissac ne déçoivent pas ni ne surprennent. C'est en cohérence avec le lieu, tant ici la finesse colorée des pierres sculptées importe d'abord, et leur accord aux murs voisins, leur bienveillance à la ruelle courbe qui monte s'imposent comme par nature. Modestie s'entend ici comme son exacte ampleur, à mesure de ce qui l'environne, et non comme un effacement.

Il y a dans ces images comme une joie d'être très particulière. Le tympan est comme un émail, cloisonné, rendu lisible à souhait : le Christ au centre isolé dans sa mandorle, et les quatre signes des évangélistes autour. Et puis les apôtres qui devisent entre eux, deux à deux, presque rieurs. Et quelques anges, que la courbure du tympan fait danser. Même au matin, dans l'ombre, la pierre est lumineuse, vivante, irriguée d'ocres pâles ou plus sombres, qui jouent avec les reliefs. On se dit que ce tympan est à l'image exacte des ruelles et des maisons autour, et de cette harmonie visible et nonchalante.

Dans l'ombre, un autre monde

Et comme souvent, la porte appelle à la montée, au passage vers l'ombre intérieure. Dans le narthex, cette salle d'avant l'église, une fois le corps habitué à la pénombre, ce sont d'étranges chapiteaux qu'on découvre, comme venus d'un autre monde que la porte qu'on vient de franchir. Quelques décennies plus tôt sans doute, et le savoir de l'imagier explore à peine le relief, hésite dans les formes, donne à voir, en même temps que des animaux fantasmés, la naissance hésitante de la sculpture qu'on voit sur le tympan si accomplie, si certaine de son chant. Et dans la nef même, des chapiteaux plus frustes peut-être encore, silhouettes, visages et motifs d'entrelacs élémentaires. Comment mieux appréhender le vivant de l'art roman, pierre qui bourgeonne, est reprise, creusée saison après saison, emplie bientôt de la complexité de l'humain ?

Le tympan Tympan, le Christ dans sa mandorle Tympan, des apôtres Chapiteau de la nef, animal fabuleux Chapiteau de la croisée du transept, personnages et entrelacs

 

Une citation

Là [...] se développe la figuration d'un Jugement que l'on pourrait bien dénommer la plus typique orfèvrerie monumentale de l'art roman, tellement la réalisation de ce décor reste fidèle, dans la transposition de son modèle, à la technique du métal précieux ; et sans doute aussi, quelque peu, grâce à cette patine d'or dont le soleil illumine la pierre ardemment ocrée.

Marguerite Vidal, in Le Quercy roman, Zodiaque (1979)