Il y a, entre les villages, suffisamment de distance, pour que le corps et l'esprit se lavent à l'eau claire des cultures en parcelles.

Le clocher Venir à Courcôme, comme atteindre chaque village de la campagne en cette part de Charente, c'est traverser les céréales, de maigres bosquets, des ondulations à peine de la terre. Et puis c'est un bourg, au croisement de quelques routes, l'église est au centre, près de la petite place. Rien de spectaculaire, mais l'architecture et la mémoire d'un territoire, ce qui fait trace ainsi depuis longtemps, aujourd'hui plus ténue, comme des pointillés sur le fil de l'histoire.

 

D'abord

Ce qu'on voit d'abord, et qui s'accorde si bien avec cette permanence, c'est le clocher solide, ancré dans la bâtisse, et dont les arcatures, les colonnettes, les corbeaux sous la corniche attirent l'œil. Et puis, à l'abside, la toiture en lauzes où l'herbe pousse, le chemin souple sur la terre tout autour, les maisons agglutinées d'un côté et, de l'autre, l'espace immense des prairies sous le vent. L'église est comme le clocher, massive mais élancée.

Et quand on entre, qu'on découvre la nef, c'est la même impression de solidité sereine, la perspective est austère et forte, elle n'impressionne pas, elle accompagne le mouvement du regard vers l'ombre du chœur au fond, où l'on devine l'assemblage des colonnes, des arcatures, et le rondeur de la voûte.

Images & questions

À scruter un à un les chapiteaux de la nef, dont le style est cohérent, on se demande s'ils datent d'un premier âge roman ou si on n'a pas voulu leur donner un air ancien – naïf dirait-on aujourd'hui. De fait, l'édifice date du XIIe siècle, mais une partie du mur nord, élevé en petits moellons, renvoie à une construction plus ancienne.

Prenons les images pour elles-mêmes. L'oiseau aux ailes déployées comme un personnage debout, ces quadrupèdes à la tête fusionnée, silhouette juste comme une épure, ou bien encore, ce petit homme à l'envers s'agrippant à des volutes informes... les figures viennent au monde à peine, l'imagier manie son outil comme un premier parcours, il ne sait pas encore le souffle dans le creusement des reliefs. Ou, s'il le sait, il souhaite l'oublier.

Les chapiteaux du chœur sont d'une veine un peu différente, des oiseaux graciles bec contre bec, des motifs où le végétal et la géométrie restent encore un peu frustes. Mais ici, la lumière qui vient des baies de l'abside donne à la moindre sculpture une douceur particulière. Et l'on oublie les questions sans réponse, sur les dates et la création de ces images.

Questions qui ressurgissent quand, en sortant, on regarde les chapiteaux du portail. Car, malgré l'érosion du calcaire, le rythme des motifs, leur souplesse, et la verve de ces dragons côte à côte qui se mangent la queue ouvrent la réflexion : deux périodes d'images pour cette petite église, ou deux équipes d'imagiers au savoir-faire différent ?

Le chœur Chapiteau de la nef, un aigle Chapiteau de la nef, un cheval
 Chapiteau du transept  Chapiteaux du chœur  Chapiteaux nord du portail

 

Une citation

Dans l'ensemble, nous avons affaire aujourd'hui à une église romane du milieu du XIIe siècle, en croix latine, dont la nef unique a été doublée d'un bas-côté méridional au XVe siècle, sans doute pour répondre, comme souvent, à un accroissement de la population et au développement de la dévotion privée à l'issue de la guerre de Cent Ans.

Christian Gensbeitel, Promenades romanes en Charente, Geste éditions (2010)