Makaravank
Église principale • Motif polylobé
Erevan
Manuscrit au Matenadaran
Areni
Pierre tombale près de l'église
Noradouz
Détail d'un khatchkar
Tatev
Motif sur le tambour de la coupole
Gochavank
Tympan • Chapelle de l'Illuminateur
Ererouk
Restes de la façade
Tegher
Croix sur les pierres de la façade
Bjni
L'église Saint-Serge
Geghard
Des femmes vendant leurs gâteaux
Ketcharis
Le bac à bougies
Noradouz
Le troupeau qui rentre au village
Edjmiadzin
Église Shoghakat • Détail de la façade ouest
Aghitou
Une pierre tombale
Yovhannavank
Église St-Jean-Baptiste • Le tympan, parabole des vierges
Moro dzor
Chemin dans le village
Sevan
L'église des Saints Apôtres et le lac
Haghbat
Église St-Signe • Les donateurs, Sembat le roi et son frère Gourguen
Gochavank
Le monastère vu du bas de la colline
Kobayr
Visage du Christ de l'abside

Terre perdue
dans l'entre monde
peuple dispersé
comme jamais témoin
de notre devenir.


Terre précaire
depuis toujours
entre la résistance
et l'universel.

En 226, l'empire Parthe qui règne alors sur l'Iran s'effondre, au profit de la dynastie naissante des Sassanides. Les rois arméniens d'origine parthe, mais qui avaient su se lier avec les Romains, entrent en guerre contre les Sassanides.

Vers le milieu du IIIe siècle, Khosrov, dans sa capitale arménienne de Vagharchapat39 accueille à sa cour Anak, un seigneur parthe, qui s'allie aux Perses Sassanides, complote contre le roi et le tue. On massacre la famille du prince Anak, mais un de ses fils, Grégoire, qui en réchappe, est conduit en Cappadoce. Les Perses prennent le contrôle de l'Arménie, mais Tiridate, le jeune fils du roi assassiné est mis sous la protection des Romains. Deux enfants donc en exil, le premier qui, à Césarée de Cappadoce, grandit au sein d'une communauté chrétienne. L'autre, qui passe sa jeunesse à Rome près des empereurs. Ceux-ci mènent la guerre aux Sassanides, et Tiridate protégé des Romains monte sur le trône d'Arménie.

Grégoire revient de Cappadoce, devient conseiller de Tiridate. Un jour que le roi lui demande de l'accompagner au temple pour un sacrifice, il refuse, arguant de sa foi. Tiridate le met au supplice, Grégoire résiste, le roi s'apprête à le relâcher, quand il apprend qu'il est le fils du meurtrier de son père. Tiridate jette Grégoire dans un puits profond infesté de serpents.

Du temps passe, treize ans. Dioclétien est empereur à Rome, il veut une épouse et envoie des peintres dans tout l'empire pour choisir sur portrait parmi les plus belles jeunes filles. Et Dioclétien tombe amoureux fou, par l'image, de Hripsimé, une jeune nonne. Il la veut, il envoie ses gens la chercher. Mais le couvent est vide, toute la communauté des vierges chrétiennes est partie, sentant le danger. Avec leur abbesse Gayané à leur tête, elles vont en Palestine, traversent la Syrie, l'Anatolie, arrivent vers le Mont Ararat et croient se réfugier en lieu sûr à Vagharchapat. Mais Tiridate a reçu de Rome un avis de recherche. Il fait venir Hripsimé: amoureux dans l'instant, il la désire, elle refuse, il supplie, elle résiste. Alors, le roi la fait lapider, et toutes ses compagnes avec elle.

Et Dieu châtie le roi. Tiridate est transformé en sanglier répugnant, les tourments s'abattent sur sa famille, il veut guérir, il veut sauver sa royauté. La sœur du roi apprend dans un songe que seul Grégoire pourrait lui rendre forme humaine. On s'en va au puits profond, le croyant mort depuis longtemps, mais Grégoire a survécu dans le cachot, nourri par quelque femme charitable. On l'amène devant le roi.

Et Grégoire parle. Il dit qu'il a vu descendre du ciel un être mystérieux, la figure glorieuse du Christ, dans un faisceau de lumière. Il tient un marteau d'or, dit-il, qu'il frappe trois fois sur le sol. Alors s'élève une coupole de nuages et une croix de feu, reposant sur quatre colonnes. La même vision recommence aux lieux où Hripsimé, Gayané et leurs compagnes ont été martyrisées. Et Grégoire dit qu'il veut bien redonner au roi la voix et l'aspect d'homme, pourvu qu'il se convertisse, lui et tout son peuple.

Ainsi dit l'histoire légendaire, écrite un siècle et demi plus tard: l'Arménie est ancrée définitivement dans l'histoire de l'Occident quand celui-ci s'ouvre à une dynamique religieuse qui le rendra dominant, mais c'est parmi les anciens maîtres de la Perse que surgit l'Illuminateur. Rome et le christianisme, mais à travers les hommes d'Orient. Avec le long périple des femmes désirables, de l'amour impossible venu de si loin. Avec aussi l'architecture figurée dans le récit, coupoles nées des nuages, elles aussi fondatrices.

 

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39 L'actuelle Edjmiadzin