Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne
Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France
Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie
Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Bestiaire au portail sud
Aulnay
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)
Voussure du portail
Foussais
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon
Carré du marais
St-Hilaire la Palud
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

Portraits pour l’Espace

C’est le soir, dans la ville, c’est un lieu où l’on a mis au mur des images, des visages de femmes et d’hommes.

Des gens sont venus voir. L’homme qui a fabriqué ces images est là, il a le sourire encore de l’enfance qui voit le monde. Il dit : “ Je suis allé chez chacun, j’ai tenté de comprendre la lumière, le temps présent, la parole entre nous, j’ai cherché dans l’espace l’instant sur le visage, peut-être un peu de l’humanité derrière les apparences. C’était tenter de capter l’improbable, c'était attendre, comme aplanir le corps pour qu'il se dise, sans la parole. ” Il parle doucement, du chemin qui va du visage à l’image, de ce qu’on révèle peu à peu, de la vue prise, à la matière d’encre sur le papier.


Des gens sont venus voir, ils vont d’un visage à l’autre, ils cherchent plus loin que les lumières, que les couleurs, ils voudraient deviner l’imaginaire du créateur d’images, et quelle symbiose il a su tendre avec chacun des êtres qu’on voit, là, sur les murs. Ils voient bien, ceux qui regardent, la différence radicale des visages, de leur présence au monde, et dans le même mouvement sur l’image la parenté du regard qu’on a porté sur eux, ce qui a fait l’image justement, cette subtile révélation de l’être qui le dépasse.


Certains sont là, des modèles sur lesquels le photographe a travaillé, on les croise, on les reconnaît, mais dans un écart profond, qui fait rupture, presque jusqu’au malaise. Cette femme qui sourit, qui va de groupe en groupe, on la voit nimbée de lumière, fragment immobile d'un souffle révélé là, dans sa puissance, et qu'on a cru deviner à l'instant, fugace, dans ses gestes. Cet homme affable, qui parle d'une voix douce des anciennes peintures et de l'histoire, il est le même dans l'image, mais plus dense, plus proche d'une blessure irrémédiable qui affleure.


On revient alors aux images seules, on sait bien qu'on ne peut rien dire sur elles qui les décrive, qui les porte, à peine cette fragilité d'une silhouette assise, un jour d'automne, ou la douleur presque dans l'intelligence d'un regard. On cherche ce qui fait la puissance, l'émotion, cet immense mouvement vers l'ailleurs que les images tracent dans le corps. On voit encore le visage de l'homme qui les a faites, et ce sourire comme l'enfance qui voit le monde.


Pour Claude Pauquet, Didier Moreau et Thierry Pasquier
7 février 2005

 

Écriture en mai 2021

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