Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Voussure du portail
Foussais
Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Bestiaire au portail sud
Aulnay
Carré du marais
St-Hilaire la Palud
Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

Un monde aplati / 3

Reprenons l’évocation du livre d’Olivier Roy, après une illustration de l’inflation des normes.

Les imaginaires

L’auteur consacre un long chapitre à la crise des imaginaires. La culture s’appuie sur l’imaginaire, système de croyances qui fait sens partagé au sein d’une société. Mais aujourd’hui, l’imaginaire est morcelé en éléments des subcultures (des cultures de petits groupes), et ces thèmes culturels flottent dans l’espace numérique, sans se confronter ou se réinsérer dans une autre culture.

“ Dès lors, les références à la culture se font non plus à partir d’une vision englobante fondée sur un implicite partagé, mais sur des répertoires de traits culturels, de marqueurs autonomes, d’objets coupés de leurs conditions de production…  ” → p. 116

L’organisation de ces thèmes culturels est vouée à la marchandisation, comme

“ la norme du copyright, qui va définir une culture comme marque déposée, et non plus comme âme d’un peuple ou d’un groupe. ” → p. 121

L’économie libérale d’ailleurs cherche à évacuer la culture, comme la religion, de tout fondement sociétal :

“ le libéralisme prétend contrôler la culture en la privatisant et en l’individualisant, tout comme il privatise et individualise la religion. ” → p. 130, citant Wendy Brown

Ainsi, on “ met à l’écart l’évidence partagée, le sens implicite que l’on donne aux gestes et aux mots. ” → p. 133. Et pour ce faire, on met en place une communication où le codage s’amplifie à outrance, en tentant de rendre tout homogène. Pour lui, “ toute polysémie, tout second degré, toute nuance sont source d’erreur ”. → p. 142 Même les émotions sont codées, qu’on songe aux émoticônes. Dès lors, l’histoire, la mémoire, la vie intérieure… tout cela est lessivé par le marché qui transforme tout en marchandise. L’individu mis en code “ s’inscrit [seulement] dans une nomenclature des comportements ” → p.153.

Il cite Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook :

“ Les gens sont vraiment devenus à l’aise non seulement avec l’idée de partager plus d’informations de toutes sortes, mais aussi de le faire plus ouvertement et avec plus de monde. ” → p. 206

Mais le chantre du réseau social se garde bien de dire que sa société s’enrichit de ces partages fournis gratuitement, qu’elle les revend à tout va, et que ces partages n’ont d’effectif que quelques lignes ou images virtualisées.

L’économie en quelque sorte redouble la culture occidentale qui se targue d’universalité, mais “ alors elle doit non seulement déculturer les autres, mais se déculturer elle-même ” → p. 204. Comment tisser à nouveau du lien collectif, au sein de ces fragments, dans un univers d’individus ? Olivier Roy, on s’en doute, n’apporte pas la réponse.

Olivier Roy, L’aplatissement du monde • La crise de la culture et l’empire des normes, Seuil, 2022

Écriture le 04/03/23

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