Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan
Voussure du portail
Foussais
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)
Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie
Carré du marais
St-Hilaire la Palud
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Bestiaire au portail sud
Aulnay

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

Premier village, la culture

La salle est pleine, mais d’ampleur mesurée, des gens de tous âges, que je connais pour certains. Les trois comédiens sont tout proches du premier rang, à même le sol.

Connivence des mots qu’ils traduisent en émotions, et du public. C’est une lecture-spectacle, de ce livre L’empan des années qui suit à la trace des lettres l’émergence de l’amour, il y a plus de cinquante ans. Une vieille histoire banale que la femme et les deux hommes qui portent le texte rendent lumineuse, dense, comme si elle recouvrait le temps.

Une heure d’intensité vocale, poétique. Juste les voix. Et les corps à peine, quelques gestes. Et les personnes dans le silence attentives à l’écrit, à sa mise en paroles. Quelque chose comme une intensité partagée qui ressemblerait au mouvement du vent, ou de la mer. Et l’on se sait pris dans le voyage, dans l’ailleurs, dans un récit d’avant et d’aujourd’hui… Les mots s’arrêtent, le silence un peu, les bravos, puis les questions qui fusent. Et les comédiens, qui redeviennent humains, répondent au mieux, et l’enchantement les fuit. On ne sait pas ce qui fait culture, ni trop comment on se nourrit de cela, mais on sait le regard et les corps un peu plus ouverts, l’esprit un peu plus agrandi.

Nous sommes à la médiathèque, dans ce village de l’enfance maintenant urbanisé. Des livres bien entendu, et des films, des animations, du personnel attentif. Le local est vaste, dans la lumière. C’est un lieu de culture, qui s’est forgé depuis des années, au fur et à mesure que le village basculait d’un monde dans l’autre. Sait-on ce qui a généré ce désir de culture ? Et comment dire culture ? Une soif d’ailleurs ? Un surgissement de questions qu’auparavant on ne se posait pas ? Un désir de faire comme ceux de la ville proche ? La peur du vide engendré par la dislocation des anciennes coutumes ? Le besoin d’échanges, au cœur des nouvelles solitudes ? Sans doute tout cela, et plus encore. L’âme a déserté la vraie vie, alors on en cherche des traces ailleurs. Sait-on l’effet – ou l’impact – de ces nouvelles représentations ? Sait-on ce qu’elles génèrent pour mettre en question le monde ?

Certains achètent le livre, on se parle un moment. Telle admire le temps passé à l’écriture, tel s’enquiert de la réalité des mots, de la mémoire qui fait le tri… Les gens s’en vont, disent merci. Que vont-ils garder, qui leur ferait voir autrement les jours ?

En octobre 2019

Écriture en septembre 2021

1000 caractères restants