Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne
Bestiaire au portail sud
Aulnay
Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon
Voussure du portail
Foussais
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Carré du marais
St-Hilaire la Palud
Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

Premier village, dans cette chambre

Me revoici dans cette chambre étroite
où j’ai tracé sur toi les premiers signes,
après vingt ans, quelle part enrichie de l’espoir,
quelle avancée plus loin que nous,
quelle connivence tangible des corps ?

 Du balcon, on ne devine plus comme autrefois le lac,
les bruits sont devenus multiples alentour,
mais la lumière n’a pas changé qui porte le regard
au-delà du regard dans la trouée des frondaisons
vers cet autre pays plus enfoui, lumineux.

Maigre espace fondateur, même couche
où j’ai choisi ton corps de nuit,
fallait-il un abri si précaire
pour que nous sachions presque vivre,
que notre histoire se protège
au prix parfois de l’immense douleur.

Langueur intime de la chambre
nous sommes partis sans savoir,
sans rien que le nom de l’amour
à basse voix murmuré,
et cette fluidité partagée d’une lumière moins inquiète.

Voici, les mots sont à peine moins difficiles maintenant,
nous avons parcouru les replis de notre langue réciproque
lentement et sans bien retenir les rives
et mon corps a plus besoin d’apaisement que jamais.

Quelle découverte insatiable
au prix parfois de l’immense douleur ?
J’aurai passé en toi
sans te connaître mieux qu’un paysage
– et le soleil l’abreuve
et rend la marche plus diaphane –

Je n’aurai rien saisi en toi
qui veilles sur mon sommeil
que cette force indéfectible de veiller
plus attentive que mes saccages
plus naissante que la parole.

La phrase sur toi tracée ce jour
dans les jardins je tiens ta main
jusqu’aux couleurs insoumises des terres d’avril.

 

Avril 1987, La Noé de l’Étier / Écriture mai 2021

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